1984 – Geoges Orwel – roman (1948)

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Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti

Tout le monde a déjà entendu ou lu « Brig Brother is watching you« .

1984 est un roman dystopique écrit en 1948 (48 vs 84). L’action se passe donc en 1984, au Royaume-Uni rebaptisé Airtrip One qui fait partie d’un continent appelé Oceania et qui est en guerre perpétuelle contre deux autres continents, alternativement. C’est Big-Brother qui à la tête de cet Etat totalitaire inspiré à la fois du nazisme et du stalinisme.

Dans chaque pièce de chaque immeuble, il y a un télécran par lequel Big Brother exerce sa surveillance et par le canal duquel sont transmises des informations, des cours de culture physique et toutes sortes de propagande distillée par la Police de la Pensée. La liberté d’expression n’existe plus et les télécrans permettent de surveiller tous les comportements, y compris les plus intimes.

Cet Etat est divisé en quatre ministères : le ministère de la Paix (chargé de la guerre), le ministère de l’Amour (chargé du respect de la loi et de l’ordre), le ministère de l’Abondance (chargé des affaires économiques) et le ministère de la Vérité (chargé de l’information, de l’éducation et des divertissements). L’appellation des ministères démontre que le sens des mots est corrompu. D’ailleurs cet Etat totalitaire a instauré une nouvelle langue : la novlang comme langue officielle (les principes linguistiques sont expliqués en annexe du roman).

Le héros, Winston Smith, travaille au ministère de la Vérité dans un service chargé de corriger l’histoire : ce qui est vrai aujourd’hui est vrai de toute éternité, donc on n’hésite pas à modifier le passé, le récrire sans cesse selon l’adage que « qui contrôle le passé contrôle l’avenir ».  Winston Smith commence à douter, à ne pas vouloir admettre que deux et font cinq. La machine étatique va donc s’employer à corriger sa pensée avec les méthodes d’un Etat totalitaire.

Georges Orwel exagerait-il ?

Nous sommes 40 ans après la date supposée de l’action du le roman. Et nos appareils connectés connaissent nos goûts musicaux, nos habitudes de consommation, etc. Nos montres nous disent quand nous devons bouger pas car elles jugent que nous sommes restés immobiles trop longtemps. Elles évaluent notre stress, notre sommeil, comptent nos pas. Nous nous laissons guider par le GPS. Qui mémorise encore le numéro de téléphone de ses amis ? Pas besoin de télécran pour nous espionner les uns les autres, nous nous exposons nous-mêmes à travers les réseaux sociaux. Nos téléphones et nos cartes de paiement permettent de nous localiser. Nous n’avons pas de télécran mais de nombreux écrans.

Par ailleurs, changer le titre d’un roman avec les principes en vigueur de nos jours, sans tenir compte du contexte et de la culture historique et sociale de l’époque à laquelle l’autrice l’a été écrit, supprimer des mots dans des d’œuvres parce qu’ils seraient choquants à notre époque, n’est-ce pas aussi ré-écrire l’histoire selon la réalité socio-culturelle d’aujourd’hui ? un palimpseste post-orwellien en somme ?

Quelques citations

« La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. »

« Lorsque toutes les corrections qu’il était nécessaire d’apporter à un numéro spécial du Times avaient été rassemblées et collationnées, le numéro était réimprimé. La copie originale était détruite et remplacée dans la collection par la copie corrigée. »

« Aucune opinion, aucune information ne restait consignée, qui aurait pu se trouver en conflit avec les besoins du moment. L’histoire tout entière était un palimpseste gratté et réécrit aussi souvent que c’était nécessaire. Le changement effectué, il n’aurait été possible en aucun cas de prouver qu’il y avait eu falsification.« 

« Dans un sens, c’est sur les gens incapables de de la comprendre que la vision du monde qu’avait le Parti s’imposait avec le plus de succès. On pouvait leur faire accepter les violations les plus flagrantes de la réalité parce qu’ils ne saisissaient jamais entièrement l’énormité de ce qui leur était demandé et n’étaient pas suffisamment intéressés par les événements publics pour remarquer ce qui se passait. Par manque de compréhension ils restaient sains. »

« On ne savait pas ce qui se passait au ministère de l’Amour, mais on pouvait le deviner : tortures, drogues, enregistrement des réactions nerveuses par des appareils sensibles, usure graduelle de la résistance par le manque de sommeil, la solitude et les interrogatoires continuels. Les faits, en tous cas, ne pouvaient être dissimulés. Ils étaient découverts par des enquêtes, on vous en arrachait l’aveu par la torture.

Si le but recherché était non de rester vivant mais de rester humain, qu’importait en fin de compte, la découverte des faits ?  On ne pouvait changer les sentiments. Même soi-même on ne pouvait les changer. »

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